"Si le monde explose, la dernière voix audible sera celle d'un expert disant que la chose est impossible." *


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Dec 3, 2011
@ 10:34 pm
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Dec 3, 2011
@ 10:33 pm
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Illégitime

 Cette semaine, j’ai été confrontée à une remarque que je connais bien, concernant l’image que je renvoie et des conclusions que l’on peut tirer à partir de ma situation sociale, de mon enfance, de mes goûts sur mes convictions politiques ou intellectuelles.
Pour être précise, vu que j’ai grandi dans le 7e arrondissement, dans un lycée plein de « fils de »  que j’ai passé une bonne partie de mon enfance dans des milieux très privilégiés, que je blague souvent sur les catégories de personnes qui habitent la rive droite et celles qui habitent  la rive gauche,
Que je n’ai pas eu à payer un centime de mes études, encore moins le loyer de mon studio, bien que j’ai travaillé et fait pleins de petits boulots,
Qu’étant blonde et conventionnelle j’ai exactement l’air de la fille qui a grandi de cette façon, où que j’aille,
On imagine très aisément que mon horizon s’arrête là, et que mes convictions ne dépassent pas une liste non exhaustive de positions bien pensantes et politiquement correctes, sûrement délivrées par Libération et France Inter, pour briller en société, voire me convaincre d’être d’une fille bien, au mieux parce que c’est ainsi qu’on m’a éduqué mais que je n’ai strictement aucun mérite à penser ainsi.
Je ne vais pas faire l’affront de me plaindre de ce genre de stigmatisation, même la présence de mot est ridicule ici.
Mais je voudrais dire comment je vois un peu les choses, parce que je me rends compte que je passe  trop souvent à côté du type même de rencontres et de discussions que j’aime, et parce qu’il m’arrive d’être tout aussi indignée.
J’ai eu un nombre de chances inimaginables. Parfois indécentes.
Je suis effectivement une petite bourge du 7e, et je n’ai jamais eu à avoir peur de quoi que ce soit, ni de rentrer chez moi tard le soir, ni des lendemains difficiles. J’ai même le temps de penser à tout ça alors qu’à 24 ans, en pleine crise économique mondiale, et un avenir si difficile pour notre génération, chacun resserre son champ de vision et se concentre sur sa propre sécurité.
J’ai passé ma jeunesse entourée de gens brillants, engagés, et j’ai appris à les écouter et à les regarder. Leurs idées, leurs idéaux, leurs combats, leur exigence, et souvent aussi leurs sacrifices personnels.
Je suis extrêmement reconnaissante d’avoir grandi dans un milieu certes un peu gauche caviar, mais parmi des personnes qui ont dévoué leur vie au service public, aux politiques publiques, à la solidarité et au sens de l’Etat. Et que cela avait du sens pour eux chaque matin, pas pour se mettre en avant (d’ailleurs ils ne sont pas connus), mais pour être utile. D’autres on travaillé dans le privé, ont donné une du sens à leur entreprise, une envergure, parce qu’ils regardaient au delà de leurs bénéfices personnels, vers les enjeux de la société dans laquelle ils vivaient. Enfin, certains se sont engagés dans les milieux associatifs, ont voués leur vie à rendre la vie plus douce et le bonheur plus accessible.
Je suis extrêmement reconnaissante d’avoir grandi avec ces sensibilités là, d’avoir eu la chance de voyager, avec un accès quasi illimité à la culture et aux idées.
D’avoir été le très jeune témoin d’une vie politique à deux facettes : les cabinets de ministère, et la présence sur le terrain.
Quand j’étais petite, ma mère s’est présentée dans une circonscription en Bourgogne. 1997, les manifestations, la dissolution. Et les campagnes électorales.  Je ne peux pas raconter ce qui s’est passé précisément, de quoi il s’agissait. J’avais dix ans. Mais ça a été une autre réalité. Le porte-à-porte, les colères quotidiennes, les coups bas politiques, les débats, les sections et les réunions de fédé du PS, les marchés du dimanche matin, les tracts. La violence des gens. Le découragement de certains. Le rythme. La volonté inouïe de faire avancer les choses.
Faire avancer quoi ? Je ne pouvais pas bien y répondre, mais pour voir la douleur chez les autres, leurs frustrations ou leur peurs, et à d’autres moments la reconnaissance qu’on s’intéresse à eux et à leurs drames, pas besoin de comprendre le programme.

J’ai donc aussi grandi comme ça. Je ne l’ai pas vécu, je l’ai juste , comme toujours, regardé.
C’est une partie de mon histoire, et une chose parmi un milliard d’autres qui font mon engagement aujourd’hui.
Il apparaît souvent que je ne suis pas légitime à me sentir concernée, en colère. J’ai juste hérité de ces convictions, finalement. Je ne peux pas le renier, c’est un parcours un peu atypique, mais il n’en est pas moins vrai. Même s’il y  a des combats que je n’ai pas eu à mener.

J’ai un peu milité, à peine à vrai dire, parce que je ne me suis pas sentie « compétente », pas assez cultivée pour être utile.
Hier on m’a demandé pourquoi j’avais fait du cinéma alors que je ne voulais pas être réalisatrice. Bien parce qu’à un moment, à force de regarder et de ne jamais oser parler directement, j’ai pensé que je serai plus à ma place en montrant les autres.
Ensuite j’ai commencé ces études de projets culturels. Quitte à ne pas créer, à ne jamais avoir le courage de m’exprimer, autant aider à avoir l’accès à la création, à organiser des choses, à s’engager pour eux. 
S’engager, dans la vie, pas forcément dans un parti,  mais être une personne concernée tout simplement, par ce qu’il se passe dans le monde, par les injustices, par le progrès aussi.
On connaît ce dicton : « Si tu as une pomme, que j’ai une pomme, et que l’on échange nos pommes, nous aurons chacun une pomme. Mais si tu as une idée, que j’ai une idée et que l’on échange nos idées, nous aurons chacun deux idées. »
 (George Bernard Shaw) .
Je me sens concernée.  Bien sûr, quand on est préservé on a un peu plus de temps pour les combats des autres, c’est factuel.

Etre à gauche, c’est justement ça pour moi, se sentir concerné par autrui même quand on ne vit pas les mêmes problèmes.

Et ça, ça me définit mille fois plus que d’ironiser sur le Bon Marché et la future couleur du vernis Dior, ce que je n’arrêterai pas de faire par ailleurs, parce que collectionner les futilités compense un peu de ne pas collectionner le bonheur.
Je me sens écartelée entre le fait de n’avoir franchement rien d’intéressant à dire par rapport aux personnes qui m’entourent, et la colère que provoque en moi l’indifférence.

Et je suis un peu fatiguée de ne pas oser, de rester là, à regarder et à attendre que des personnes bien compétentes, plus légitimes, mieux diplômées trouvent les bons mots que je n’aurai jamais.

En attendant,
Je me sens concernée par mes amis qui vivent des situations difficiles, et qui se sentent abandonnés bien trop tôt dans la vie. Les personnes qui sont oppressées, qui n’ont pas le droit à la liberté d’expression, ou des libertés bien plus vitales, dans d’autres formes d’urgences. Le réchauffement climatique. Toutes les politiques, actions, formes d’engagement qui visent à trouver des solutions. Les combats que mènent d’autres jeunes en ce moment pour sauver leur vie, partout dans le monde,  et donc par les mouvements d’indignés, les révolutions arabes.

Une culture accessible, qui ne fait pas peur, qui ne soit pas un luxe esthétique de personnes qui s’ennuient mais un lien social et humain entre les personnes pour communiquer, rêver, et réfléchir, et faire évoluer ou ébranler les convictions. Une culture qui soit bouleversante chaque jour.
Ce que sera le monde de demain, quel genre de personnes le dirigeront, le penseront.
Ces femmes au Kansas qui ne sont pas protégées par la loi quand leur mari les frappe.
Les artistes qui n’ont pas le droit de produire, qui sont mis en prison, dont le travail est détruit.
Les personnes qui n’ont pas un accès correct aux soins, et dont la vie sera à tout jamais ruinée à cause de ça.
La crise économique, la crise de société et de sens que l’on vit.
Une certaine idée de l’Europe et de la gouvernance,
Et pour en finir là pour l’instant, je me sens très concernée par le fait que chacun ai droit à exactement la même justice, sans qu’elle ne s’adresse qu’aux personnes privilégiées.

Je suis certaine que tout le monde va être d’accord avec moi sur ces questions, et se demander ce qui peut bien me prendre de l’afficher de cette manière, voire de m’en vanter, mais j’ai bien envie de leur demander où ils sont quand il est question d’en débattre ou d’y réfléchir.
Et je voudrais dire qu’il y a des colères justes, des passions légitimes, et combien chaque jour, depuis que j’ai une conscience politique, depuis des années, ma citoyenneté me fait mal. La plupart du temps, vivre dans cette société fait mal. Et oui, les personnes de mon âge partent, gueulent, oublient, sont indifférents ou sont si blessées qu’elles choisissent d’être égoïste.
Et comme on laisse faire, qu’on les laisse sur le bas-côté, je comprends encore plus mes amis, parce que je sais que certaines semaines, j’abandonne aussi la culture, les idéaux, la lecture des journaux, toute volonté tellement je n’en peux plus.
Parfois je me dit que la mondialisation ne nous apporte que l’angoisse de réaliser un peu plus chaque jour comme le monde souffre jusqu’à nous prendre à la gorge. Comme une longue suite de claques alimentées par une infinité d’images étouffantes.
Peut-être que personne ne se reconnaît dans le genre de fille que je suis, et que c’est pour ça que je suis la dernière personne bien placée pour parler de la souffrance et des peurs.
Mais qu’est ce que je suis blessée, chaque jour, quand j’écoute les autres parler.
Alors il est peut-être temps, finalement, de laisser couler les mots sans honte, sans culpabilité mal placée, et de se dire que si on a  aussi envie d’avoir moins peur de partager ses idées, de dire en plus de 420 signes ce qui nous bouleverse, que l’on peut être intéressant sans être « porteur de projets », créatif, ou sans avoir les ambitions les plus folles, juste des angoisses ou des espoirs qui vont au delà de ses seules expériences, et bien il est possible d’être dans un autre temps que celui du silence ou l’hésitation.


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Sep 27, 2011
@ 12:12 am
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life has humour n°1

Ce soir, après quelques heures courageuses et volontaires, je craque à 23 heures.

Je passe 42 minutes à ramasser toutes ces pièces de cinq et dix centimes coincées sous mon bureau, au fond de la tasse à stylo, derrière les tiroirs, et je vais m’acheter des cigarettes.

Sur le chemin du retour, cette cigarette ne me fait même plus honte, cette fois-ci, je ne la déteste pas, il me la fallait vraiment.

Minuit dix, devant ma porte, je croise mon tabacologue.